Québec, le 6 février 2006

(Réponse aux différents articles de Richard Desjardins concernant le post mortem de la commission Coulombe)

Une gestion évolutive de la forêt
Par Jocelyn Boily
Ingénieur forestier

(Monsieur Boily a travaillé comme ingénieur forestier durant 35 ans dans la plupart des régions du Québec de l’Abitibi à la Côte-Nord en passant par Chapais, Chibougamau et le Saguenay Lac-St-Jean.)

Le vice-président de l’action boréale Abitibi-Témiscamingue monsieur Richard Desjardins critique, se répète, en remet sur le mauvais état des forêts Québécoises et ce sur différentes tribunes. Je désirerais réagir sur cet acharnement à détruire jour après jour les forestiers, le gouvernement et les compagnies forestières qui ont ouvert le Québec tout entier à toute une population. Ces mêmes compagnies ont maintenu en vie plusieurs régions du Québec tant au niveau social, culturelle qu’économique. D’abord en ouvrant des territoires, à toute la population (villégiateurs, pêcheurs, chasseurs, cueilleurs de fruits sauvages, admirateurs de sites exceptionnels etc.). Le ministère a mis en location des lots de villégiatures autour des lacs ainsi ouverts au public et a régularisé des milliers d’autres locataires qui s’y était installés sans autorisation et aujourd’hui ont la critique facile (pas dans ma cour). Par la suite en assurant un développement économique et culturel en créant de l’emploi par l’installation de nombreux complexes forestier ce qui a donné aux jeunes et moins jeune de l’espoir et de la dignité. (Ce n’est pas vrai que tout a été mal fait).

La recherche forestière

La recherche forestière a commencé au Québec vers 1920. En effet ce sont les compagnies forestières d’alors qui ont établit les premières places d’études que l’on suit encore aujourd’hui. Dans les années 1930, le premier chef du service forestier du Québec proposait la création d’un bureau de recherches toutefois, il faudra attendre dans les années cinquante pour que des organismes de recherche soient formés et voir apparaître en 1967 le service de la recherche du ministère de l’énergie et des ressources. En 1979 un livre vert intitulé “ Pour une politique québécoise de la recherche scientifique ” a été publié. C’est grâce aux chercheurs du Gouvernement du Québec que ce livre vert a été écrit, proposé et réalisé.

Étant donné que le domaine forestier Québécois constitue un secteur vital pour l’ensemble du Québec principalement par l’importance de la forêt publique et de son apport économique, la recherche a toujours été considérée comme la pierre angulaire de l’amélioration de la gestion des forêts et de sa productivité. Par contre le manque de stratégie, de suivi et d’intérêt de certains dirigeants gouvernementaux a fait dévier la base de la recherche appliquée vers des objectifs et des projets plus fondamentaux. Coup sur coup au fil des ans, à cause du manque d’intérêts des dirigeants et des restrictions budgétaires qui se sont poursuivis sans cesse, la recherche est devenue un poids à supporter malgré les grandes priorités des différents paliers de gouvernement en recherche et développement.

Toutefois, les chercheurs ont continué bon an mal an malgré ces restrictions à revaloriser la recherche et essayer de démontrer que le produit était rentable à moyen et long terme par différentes interventions et publications. Les résultats de ces travaux sont aujourd’hui intégrés dans toutes les pratiques sylvicoles. De ce fait, les chercheurs du Québec ont su se démarquer par leurs initiatives et leurs projets innovateurs attirant la curiosité des chercheurs de partout.

La recherche est resté la pierre angulaire d’une gestion intégrée de la forêt ce qui revalorise les chercheurs et y redonne son rôle de leader. Il faut continuer à assurer un bon transfert technologique liant les énergies des différents groupes, universités, Gouvernements, directions centrales et régions dans un souci de complémentarité.

La gestion des forêts

Depuis l’abolition des concessions forestières en 1967 dans lesquelles les compagnies forestières du temps étaient chefs et seul maître à bord, le Gouvernement a adopté une loi sur les forêts ce qui a considérablement changé les faits et gestes de ces dites compagnies. Le Gouvernement a également modifié la loi en 1986, 1998, 2002 et 2005. En surplus, l’intégration d’un régime forestier, également modifié à trois reprises en y intégrant le résultat des travaux de recherche et des consultations publiques a obligé les compagnies forestières à rendre des comptes accentuant ainsi la démarche d’amélioration constante.

Cette obligation passe par la préparation d’un plan général d’aménagement forestier (PGAF) et, suite à l’adoption d’une loi par le Gouvernement sur la consultation populaire, ce plan général doit être présenté en consultation publique et une consultation spéciale avec les communautés autochtones. Par cette consultation populaire, les gens du milieu accompagnés des professionnels de la forêt participent au fil des ans à la modification et à l’amélioration du régime forestier et des paramètres qui s’y rattachent suggérant plusieurs recommandations et améliorations. C’est par cette consultation que le gouvernement a institué une limite nordique des forêts attribuables au-delà de laquelle aucune coupe n’est permise protégeant ainsi les écosystèmes fragiles.

La gestion forestière a, depuis 1980, étés liés à la création de coopératives forestières, de groupements forestiers, de fermes forestières à une implication des communautés autochtones et autres organismes créés pour et par la population.

Grâce aux recherches et études réalisés, le Québec a réussi à définir les paramètres permettant de faire évoluer la forêt au rythme qu’elle devrait normalement le faire. Le Québec a protégé et protège encore ces massifs forestiers exceptionnels en créant des parcs, réserves, écosystèmes forestiers exceptionnels, aires protégées et autres.

Oui il y a eu des erreurs de commises mais corrigés au fil des ans (qui n’en a pas faites?). Oui il faut tous et toutes professionnels de la forêt travailler ensemble pour améliorer la situation. Arrêtons donc de dire que c’est la faute de l’autre, pas dans ma cour et assumons la part qu’il nous revient. Arrêtons de perdre des énergies à s’attaquer mutuellement et agissons pour le bien-être des écosystèmes et des générations à venir. (Il est faux de laisser sous-entendre que tous les forestiers qui ont travaillé corps et âme à comprendre, étudier et améliorer la forêt depuis près de 100 ans se sont tous trompés.

Le vrai visage de la forêt est sur le terrain avec les forestiers, les usagers et la population qui en vivent et en sont les surveillants. Dans les années 1800 on transportait du bois en bateau, aujourd’hui on en transporte et demain on en transportera encore.

Être un propriétaire privilégié d’un lot de villégiature sur le bord d’un lac et voir des opérations forestières et des aménagements forestiers autour de son domaine affecte un peu la tranquillité. Toutefois les compagnies, par les normes et les règlements, sont tenues de respecter une distance le long des cours d’eau et ainsi protéger ces domaines.

L’industrie de la forêt est très importante au Québec et surtout dans les régions dont celle du poète activiste. Je ne suis pas certain que la population de ces régions soit prête à larguer ces emplois liés à la forêt et aux activités connexes.