Québec le 15 décembre 2004

Une gestion évolutive de la forêt

Par Jocelyn Boily
Ingénieur forestier

J’ai 59 ans. J’ai travaillé durant près de 35 ans dans la plupart des régions du Québec et plus particulièrement dans cette forêt dite « boréale ». de l’Abitibi à la Côte-Nord en passant par Chapais, Chibougamau et le Saguenay Lac-St-Jean et je désirerais apporter mes commentaires sur les différents reportages liés au dépôt du rapport sur la commission Coulombe sur l’état des forêts du Québec commission créée par le gouvernement du Québec à l’automne 2003.

Tout d’abord un bref historique. Depuis l’abolition des concessions forestières en 1967 dans lesquelles les compagnies forestières du temps étaient chefs, maîtres d’œuvre et presque seul maître à bord, le Gouvernement a adopté une loi sur les forêts ce qui a considérablement changé les faits et gestes de ces dites compagnies.

Il faut savoir également que le Gouvernement a modifié cette loi en 1986, en 1998 et en 2002. En surplus, l’intégration d’un régime forestier, également modifié à trois reprises, obligeant ces compagnies à rendre des comptes accentuent cette démarche d’amélioration constante.

Cette obligation passe par la préparation d’un plan général d’aménagement forestier (PGAF) et, suite à l’adoption d’une loi par le Gouvernement sur la consultation populaire, ce plan général doit être présenté en consultation publique et une consultation spéciale avec les communautés autochtones. Il s’ensuit alors une signature d’un contrat d’approvisionnement et d’aménagement forestier (CAAF) entre le gouvernement et les tiers obligeant ces différents bénéficiaires à aménager la forêt selon des normes et règlements en vigueur.

Le Gouvernement a de plus revue, corriger et modifier les tables de rendement des différents peuplements forestiers qui tiennent compte des pluies acides, des feux de forêt, de la sénescence des peuplements (l’âge de mortalité et de retour des peuplements), et de différents autres éléments.

Plusieurs résultats de recherches sont arrivés à échéances et sont directement reliés à l’amélioration des hypothèses de calcul intégré dans le progiciel Sylva. Ce progiciel est un outil indispensable afin de faire évoluer les différents peuplements et d’en connaître leur productivité

La commission Coulombe de met pas en doute ce moyen de calcul mais elle propose des améliorations. D’ailleurs avant même la création de la commission et du dépôt du rapport, étant donné que les CAAF étaient renouvelables, un comité formé d’analystes en provenance des régions et du centre avaient déjà réalisé des calculs et suggérer des baisses importantes de la possibilité forestière dans certaines régions forestières ce qui devait être déposé à l’automne 2004. D’autres régions avaient réalisées ces baisses lors du renouvellement en 2002.

Par contre est-ce que toutes les hypothèses de calculs fixées sont exactes ? Est-ce que la régénération établie a tous les soins appropriés pour se rendre à temps et au volume estimé ? Est-ce que les volumes prédits par les plantations artificielles dans les forêts boréales sont réalistes ? Les chercheurs ont produit des résultats de recherche sur des expériences de 30 à 40 ans et ces mêmes résultats ont été validés par plusieurs spécialistes dans le domaine, mais qu’en est’ il des projections et de leur transposition dans les logiciels? Contrairement à ce que la commission en dégage, le secteur forêt est l’un des plus régionalisé et tout se passe en région avec l’aide du central lorsque requis.

Il est aussi pertinent de constater qu’en présence de massifs forestiers de 100 ans ou plus, il est difficile de prendre des décisions idéales quant à leur avenir. Toutefois, c’est grâce aux recherches et études que le Québec a réussi à définir les paramètres permettant de faire évoluer la forêt au rythme qu’elle devrait normalement le faire. Le Québec a protégé et protège encore ces massifs forestiers en créant des parcs, réserves, écosystèmes forestiers exceptionnels, aires protégées et j’en passe.

Les compagnies ont ouvert par leurs interventions au fil des ans, à toute la population (villégiateurs, pêcheurs, chasseurs, cueilleurs de fruits sauvages, admirateurs de sites exceptionnels etc.) des centaines de kilomètres carrés de territoire jusque là accessible à quelques privilégiés par hydravion.

Le ministère a mis en location des lots de villégiatures autour des lacs ainsi ouverts au public et régularisé des milliers d’autres locataires qui s’y était installés sans autorisation.

Ces interventions ont également permis d’aller chercher la forêt mûre qui de toute façon se perdait par vieillissement ou par chablis et d’avoir permis à l’industrie de rester concurrentiel et de conserver et créer des milliers d’emplois.

Toutefois des questions se posent encore, est-ce que les superficies des coupes sont encore trop grandes ? Est-ce que la limite nord des forêts attribuables est encore trop haute? Il faut tous et toutes se poser ces questions et y répondre. Il ne faudrait pas oublier que l’accessibilité à grande échelle aux nombreux massifs forestiers surannés a permis une plus grande protection des forêts contre l’élément le plus ravageur, soit le feu et un autre non négligeable, celui des insectes et maladies

Oui il y a eu des erreurs de commises mais corrigés au fil des ans. Oui il faut tous et toutes professionnels de la forêt travailler ensemble pour améliorer la situation. Il est faux de laisser sous-entendre que tous les forestiers qui ont travaillé corps et âme à comprendre, étudier et améliorer la forêt depuis près de 100 ans se sont tous et toutes trompés.

Il y a plusieurs messages que l’on peut tirer du rapport dont celui d’être prudent et de se garder des marges de sécurité. Ce que nous les professionnels de la forêt doivent montrer c’est l’assurance de la pérennité de la ressource pour toutes les générations à venir ce que nous avons toujours parlé et promise, de cette ressource renouvelable, de la biodiversité et du développement durable. Toutefois avons nous les marges de sécurité nécessaire ? Le débat a été lancé dans les années fin 1980 et il se poursuit toujours, c’est de bon augure.

En consultant le rapport de la commission on constate qu’il y a encore des améliorations à y faire, mais on ne part pas à zéro et je suis persuadé que nous sommes tous et toutes prêts à participer à l’amélioration sans se tirer dessus.

Il est normal de faire un état de situation sur un problème particulier et de lancer un SOS mais il ne faut pas non plus décourager les jeunes qui ont comme carrière ce domaine et qui ont hâte de participer à cette amélioration.