Québec le 3 avril, 1999

Une erreur!
Qu’elle erreur ?

Depuis plusieurs semaines on entend parler du film de Richard Desjardins intitulé L’ERREUR BORÉALE. Le journal le Devoir comme la plupart des autres médias en parle à presque tous les jours. J’ai visionné le film qui nous montre des images récentes également plusieurs prises de vues des années 1980 ou avant. Il faut comprendre que le Gouvernement a changé sa loi en 1986 et, en 1998, il propose la révision du régime forestier en suggérant plusieurs recommandations et améliorations. Le Gouvernement vient tout juste de refaire les tables de rendement des peuplements forestiers qui tiennent compte des pluies acides, des feux de forêt et autres éléments naturels. De plus, plusieurs résultats de recherches arrivent à échéances et sont directement reliés à l’amélioration de dess hypothèses de calcul. Il ne faut pas négliger la participation à la gestion forestière depuis 1980 liée à la création des coopératives forestières, des groupements forestiers et autres organismes créés pour et par la population. Y a t’il des améliorations à y apporter ?

Le film titre l’erreur boréale ! Qu’elle erreur ? Celle d’avoir ouvert à toute la population (villégiateurs, pêcheurs, chasseurs, cueilleurs de fruits sauvages, admirateurs de sites exceptionnels etc) des centaines de kilomètres carrés de territoire jusque là accessible à quelques privilégiés par hydravion. Peut-être que de rendre accessible à plus de gens les lacs, les rivières où certaines personnes possèdent une résidence secondaire ou tertiaire est une erreur pour eux. L’erreur d’avoir été cherché la forêt mûre qui de toute facon se perdait par vieillissement ou par châblis et d’avoir permis à l’industrie de rester concurrentiel et de conserver et créer des milliers d’emplois. Dans le film, on voit des lacs et des rivières protégées par des bandes de forêts d’environ 100 pieds. Est-ce suffisant ? Est-ce que les superficies des coupes sont encore trop grandes ? Il faut tous et toutes répondrent à ces questions.

L’erreur d’avoir suivi l’évolution normale de la vie. Sortons un peu du domaine forestier et regardons ailleurs. Nous sommes tous et toutes coupables s’il y a des coupables dans l’évolution normale de la vie et de la consommation. J’avoue qu’il est impressionnant de voir dans le film des ouvriers couper et fendre des immenses pins blancs à la scie manuelle. C’est dans cette même période que le seul moyen de communication était la radio à onde courte et aujourd’hui on possède la télévision par satellite ou par micro-onde. C’est dans cette période que nos parents voyageaient en carriole et un peu plus tard en voiture accélérant à 40 ou 45 km/h. Aujourd’hui, l’état légifère pour inscrire des limites de vitesses à 100-120 km/h pour des voitures pouvant aller à 200 km/h et que dire des avions. C’est dans le même temps ou les gens décédaient de la grippe espagnole ou de la rage tandis qu’aujourd’hui on a trouvé les remèdes pour éviter ces désastres humains. C’est dans le même temps ou nos mères accouchaient au péril de leur vie et aujourd’hui elles ont les soins appropriés. De la même facon, les anciens coupaient les arbres avec un sciotte, au godendard, à la scie mécanique et aujourd’hui avec de la machinerie qui évolue constamment pour protéger de plus en plus les sols et la régénération.

Oui il y a eu des erreurs de commises. Oui il faut tous et toutes professionnels de la forêt travailler ensemble pour améliorer la situation. Arrêtons donc de dire que c’est la faute de l’autre et assumons la part qu’il nous revient. Il y a eu des milliers de professionnels de la forêt à planifier les interventions en forêt et je ne pense pas qu’ils ou elles se sont tous et toutes tromper. Arrêtons de perdre des énergies à se défendre mutuellement et agissons pour le bien-être de la nature et de nos générations futures. La coalition qui s’est formé en réaction au film l’a été faite un peu trop vite sans consultation et sans objectif et j’en parle pour cause en tant qu’ingénieur forestier membre du SPGQ.

Oui les calculs de possibilité sont exécutés à l’aide d’un logiciel informatique et personne ne met en doute ce moyen de calcul. Par contre est-ce que toutes les hypothèses de calculs fixées sont exactes ? Est-ce que la régénération protégée a tous les soins appropriés pour se rendre aux volumes estimés ? Est-ce que les volumes prédits par les plantations artificielles dans les forêts boréales sont réalistes ? Les chercheurs nous ont produit des résultats sur des expériences de 25 à 30 ans et ces résultats ont été validés par plusieurs spécialistes dans le domaine, mais qu’en est-t’il des projections et de leur transposition ?

Il y a plusieurs messages que l’on peut tirer du film dont celui d’être prudent et de se garder des marges de sécurité. Ce que nous les gens de la forêt doivent montrer c’est l’assurance de la pérennité de la ressource dont nous avons toujours parlé, de cette ressource renouvelable et de la biodiversité. Avons nous les marges de sécurité nécessaire ? Le débat est lancé.