Québec, le 2 février 2010

Revenir à l’âge de pierre

Je désirerais répondre à Yves-Thomas Dorval président du conseil du patronat sur sa vision très ouverte mais rétrograde du syndicalisme et des relations de travail au Québec. En effet monsieur Dorval dénonce, sur certaines tribunes qui lui sont favorables, le déséquilibre flagrant des forces entre syndicats et employeurs et son effet pervers sur le développement économique du Québec.

Permettez-moi de m’inscrire en faux sur cette déclaration car le Québec ne s’est jamais senti aussi fort économiquement grâce justement à l’effort soutenu des travailleurs afin de garder cette compétitivité profonde en se servant de leur sens du devoir. Les syndicats d’employés ont permis à certaines compagnies de revoir à la baisse leur condition de travail afin de sauver l’entreprise et par la suite de reprendre leur vitesse de croisière.

Ce blitz patronal improvisé fait en sorte qu’il faudrait revenir à l’âge de pierre dans les conditions de travail dans laquelle les travailleurs étaient exploités à l’extrême et ce au profit des propriétaires d’entreprises. Il ne faut pas oublié que le juge Ivan Rand a rendu une décision favorable aux deux partis (syndicats-employeurs) le 29 janvier 1946 suite à la longue grève des dix-sept mille travailleurs de Ford à Windsor en 1945-46.

En effet la décision du juge ordonne d’une part à l’employeur de procéder au « précompte » des cotisations syndicales pour tous les employés de l’unité de négociation, membres ou non des syndicats. D’autre part ce jugement instaure un système d’amendes prélevées à même les cotisations syndicales qui seraient imposées aux syndicats dans le cas de grève sauvage ou illégale. Ce règlement d’arbitrage, connu sous le nom de « formule Rand » est passé à l’histoire et fait partie du Code du travail du Québec (CTQ) depuis 1977.

Je comprends certains patrons d’entreprises qui ne veulent pas rouvrir ce panier de crabes ou cette bouillabaisse de débats stériles qui minerait la confiance des uns envers les autres. Qui voudrait revoir des chicanes intestines entre employés dans leurs entreprises qui nuiraient passablement à la motivation et à la production?