Faire mourir une industrie

15 février 2008

Par Jocelyn Boily
Ingénieur forestier

Le ministre des Ressources naturelles annonce qu’il mettra fin au contrat d’approvisionnement et d’aménagement forestier (CAAF) en implantant un nouveau régime forestier. J’ai 62 ans et ai travaillé durant près de 35 ans dans la plupart des régions du Québec et plus particulièrement dans la forêt boréale de l’Abitibi à la Côte-Nord en passant par Chapais, Chibougamau et le Saguenay Lac-St-Jean. Depuis le film l’erreur Boréal de Richard Desjardins, l’industrie du bois est sur les poumons artificiels et le ministre vient de débrancher les derniers fils qui tenaient cette industrie en vie. Pourquoi tout refaire lorsqu’on peut simplement améliorer?

Depuis l’abolition des concessions forestières en 1967 dans lesquelles les compagnies forestières du temps étaient chefs et presque seul maître à bord, le Gouvernement a adopté une loi sur les forêts qui a considérablement changé les faits et gestes de ces compagnies. Le Gouvernement a modifié la loi en 1986, en 1998 et en 2002. En plus, l’intégration d’un régime forestier, également modifié à trois reprises, obligeant ces compagnies à rendre des comptes accentuent cette démarche d’amélioration continue.

Cette obligation passait par la préparation d’un plan général d’aménagement forestier (PGAF) et, suite à l’adoption d’une loi par le Gouvernement sur la consultation populaire, ce plan général devait être présenté en consultation publique et une consultation spéciale avec les communautés autochtones. Par la suite on procédait à la signature d’un contrat d’approvisionnement et d’aménagement forestier (CAAF) entre le gouvernement et les tiers obligeant ces différents bénéficiaires à aménager la forêt selon des normes et règlements en vigueur. Par cette consultation populaire, les gens du milieu accompagnés des professionnels de la forêt participaient au fil des ans à la modification et à l’amélioration du régime forestier et des paramètres qui s’y rattachent suggérant plusieurs recommandations et améliorations. C’est par cette consultation que le gouvernement a créé une limite nordique des forêts attribuables au-delà de laquelle aucune coupe n’est permise sauf pour les besoins des communautés locales.

Le Gouvernement a de plus revue, corriger et modifier les tables de rendement des différents peuplements forestiers qui tiennent compte des pluies acides, des feux de forêt, de la sénescence des peuplements (l’âge de mortalité et de retour des peuplements), et de différents autres éléments. En plus, plusieurs résultats de recherches sont arrivés à échéances et sont directement reliés à l’amélioration des hypothèses de calcul intégré dans le progiciel Sylva.

Ce nouveau coup au secteur forestier nuira au développement économique des régions car le secteur forestier est l’un des plus régionalisé. Il ne faut pas non plus passer sous silence la participation de la population à la gestion forestière depuis 1980 qui a favorisée la création de coopératives forestières, de groupements forestiers, de fermes forestières ajouté à l’implication des communautés autochtones et à d’autres organismes créés pour et par la population. Il y a certes là eu des améliorations dans les consultations et d’autres aménagements à venir.

Le Québec a protégé et protège encore ces massifs forestiers en créant des parcs, réserves, écosystèmes forestiers exceptionnels, aires protégées et j’en passe. Ces mauvaises compagnies forestières ont ouvert par leurs interventions au fil des ans, à toute la population (villégiateurs, pêcheurs, chasseurs, cueilleurs de fruits sauvages, admirateurs de sites exceptionnels etc.) des centaines de kilomètres carrés de territoire jusque là accessible à quelques privilégiés par hydravion. Depuis lors, des milliers de villégiateurs s’y trouvent confortables et c’est un peu grâce à cette ouverture à la forêt effectuée dans le cadre de travaux d’exploitation et d’aménagement de la forêt.

Oui il y a eu des erreurs de commises mais corrigés au fil des ans. Oui il faut tous et toutes professionnels de la forêt travailler ensemble pour améliorer la situation. Arrêtons donc de dire que c’est la faute de l’autre et assumons la part qu’il nous revient. Des milliers de professionnels de la forêt ont planifié et réalisé au fil des ans des interventions en forêt et je ne pense pas qu’ils ou elles se soient tous et toutes trompé. Arrêtons de perdre des énergies à se défendre mutuellement et agissons pour le bien-être de la nature et des générations futures. Ne donnons pas aux américains des armes pour nous tirer dessus comme ils le font actuellement avec le dossier du bois d’œuvre.

Il est faux de laisser sous-entendre que tous les forestiers qui ont travaillé corps et âme à comprendre, étudier et améliorer la forêt depuis près de 100 ans se sont tous trompés.